Femmes battues: briser le silence

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Aider et accompagner celles qui ont le courage de porter plainte: c'est l'une des priorités du deuxième plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes, rendu public ce mercredi. Il y a urgence.

Le calvaire de Karine, 33 ans, a commencé le 10 juin 2007 à Torcy (Seine-et-Marne). Ce dimanche-là, elle avait fait la fête chez des amis avec son compagnon, Frank, 35 ans. Son ami d'enfance, l'homme "le plus gentil du monde", avec lequel elle partageait sa vie depuis cinq ans. Frank avait bu. Trop. Karine lui a demandé de sortir prendre l'air pendant qu'elle allait coucher son fils de 6 ans. Tout à coup, Frank a surgi dans la chambre. "Sans un mot, sans un signe avant-coureur", il a projeté Karine contre le lit mezzanine avant de la rouer de coups de poing sous les yeux du petit garçon horrifié. "Je me suis vue mourir", souffle la jeune femme. Le lendemain, le visage tuméfié, le dos fracassé et deux dents cassées, elle a porté plainte au commissariat de Torcy, qui l'a aiguillée vers l'unité médico-judiciaire de l'hôpital de Lagny pour des examens médicaux.

* Programme d'action   

Le deuxième plan de lutte contre les violences faites aux femmes se décline en 12 mesures:

* Compléter les connaissances statistiques.

* Améliorer la compréhension du phénomène.

* Elaborer une charte de protection de l'image des femmes dans les médias.

* Sensibiliser le grand public, et notamment les jeunes et les femmes issues de l'immigration.

* Prendre en charge les auteurs de violences.

* S'assurer de l'accompagnement des victimes.

* Mieux coordonner l'action des partenaires institutionnels et associatifs.

* Mettre l'accent sur la formation des professionnels de santé et les travailleurs sociaux.

* Mobiliser les professionnels sur le repérage des violences.

* Faire évoluer le cadre juridique en faveur des victimes.

* Conforter les dispositifs d'accompagnement.

* Mieux prendre en charge les enfants.

"Là, j'ai été choquée par le décalage entre le discours officiel sur la protection des femmes victimes de violences conjugales et la réalité de la prise en charge", se souvient Karine. Il lui a fallu attendre dix jours pour obtenir un rendez-vous à l'hôpital. "Si vous saviez le nombre de femmes battues que nous recevons!" s'est-elle entendu dire. Pour rencontrer un juriste et une assistante sociale, elle a dû revenir la semaine suivante. Si son médecin ne lui avait pas donné le nom d'un pédopsychiatre, son fils aurait dû patienter six mois avant de voir un psy du centre médico-psychologique. Malgré ses coups de fil désespérés à diverses associations d'aide aux femmes victimes, Karine n'a pas réussi à dénicher un hébergement d'urgence. Pendant d'interminables semaines, elle s'est barricadée, chaque soir, dans son appartement, la peur au ventre.

Le 17 septembre, Frank a été condamné à deux mois de prison avec sursis, assortis de deux années de mise à l'épreuve et d'une obligation de soins. Pourtant, Karine est amère: "On incite les femmes à porter plainte, mais comment les soutient-on ensuite? Parfois, je me dis que j'aurais mieux fait de me taire..."

- Les hommes aussi

Les hommes ne sont pas à l'abri des violences conjugales. Selon l'enquête 2007 de l'Observatoire national de la délinquance, plus de 100 000 d'entre eux auraient été victimes de leur compagne en 2005 et 2006. A Créteil, le service de consultations médico-judiciaires accueille environ 2 hommes par mois, «et ce chiffre tend à augmenter», observe Annie Soussy, responsable de l'unité. Liliane Daligand, chargée de la psychiatrie d'urgence au centre hospitalier de Lyon-Sud, qui reçoit, elle, les auteurs des violences, compte aujourd'hui 4 femmes parmi ses 103 patients.

Parmi les 550 000 femmes qui ont subi les coups de leurs maris, compagnons ou ex-conjoints en 2005 et 2006, beaucoup ont choisi le silence. Parce qu'elles redoutent les représailles. Parce qu'elles préfèrent croire que c'est la dernière fois. Parce qu'elles ont peur, aussi, de ne pas s'en sortir seules. Selon les statistiques récemment publiées par l'Observatoire national de la délinquance, 8% seulement des victimes de sévices infligés par leur conjoint ont entamé une démarche en justice. "Ces femmes sont confrontées à un véritable parcours du combattant, souligne Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la Solidarité. Nous devons absolument soutenir et accompagner, dans la durée, celles qui ont le courage de pousser la porte d'un commissariat ou de composer le 3919, le numéro d'urgence en place depuis mars." C'est l'un des objectifs assignés au deuxième plan triennal contre les violences faites aux femmes dont elle devait dévoiler les 12 propositions le 21 novembre (voir l'encadré), quatre jours avant la journée dédiée à ce thème.

- Le prix de la violence

Un milliard d'euros. C'est le coût économique des violences conjugales, selon le Cresge, le centre de recherche de l'Institut catholique de Lille. Une lourde facture qui additionne frais de santé (383 millions), de police et de justice (232 millions), hébergement d'urgence et aides au logement (89 millions), coût humain du handicap et des décès évitables (307,5 millions), pertes de production et de revenu (83 millions). A eux seuls, les sévices subis par les femmes représentent 78% du total.

Ici et là, police, justice, services de santé et associations d'aide aux victimes travaillent déjà main dans la main pour améliorer la prise en charge des femmes en butte à la brutalité conjugale. C'est le cas dans les centres hospitalo-universitaires de Nantes et de Clermont-Ferrand et à l'hôpital intercommunal de Créteil, où des services de consultations médico-judiciaires se mettent en quatre pour faciliter leur parcours. A Créteil, le petit bâtiment de brique qui abrite le service est un havre de paix décoré de plantes vertes, aux murs jaune pâle et aux portes bleues, dont les fenêtres s'ouvrent sur les jardins familiaux qui bordent la Marne. Dans la salle d'attente, des dessins animés pour enfants défilent sur un écran. Cet espace accueille toutes les victimes de coups et blessures volontaires, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. En moyenne, entre 5 et 10 femmes battues franchissent le seuil chaque jour. Des femmes issues de tous les milieux sociaux, de tous les âges, qui endurent souvent les gifles et les insultes pendant des mois, des années, voire une, deux ou trois décennies avant de se décider à porter plainte. Leurs histoires se ressemblent étrangement. "Elles nous disent que leur compagnon est prévenant, attentionné, que c'est un bon père, qu'elles n'ont rien à lui reprocher... quand il n'est pas sous l'emprise de l'alcool", raconte Annie Soussy, médecin légiste et chef du service.

A Créteil, chaque cas est urgent: le délai d'attente est de vingt-quatre heures au maximum pour un rendez-vous. "Nous ne nous bornons pas à effectuer un bilan de santé complet, médical et psychologique, sur réquisition des services de police et de gendarmerie, explique le Dr Soussy. Ici, les femmes trouvent également, si elles le souhaitent, des informations juridiques et pratiques, des contacts et des renseignements." Des juristes, assistantes sociales, psychologues et correspondants du parquet, tous représentants des quatre associations partenaires de ce dispositif, se relaient pour assurer une permanence du lundi au samedi, de 9 heures à 19 heures - et bientôt de nuit. Un modèle à généraliser d'urgence.

http://www.lexpress.fr/

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Depuis la simplification, en mars 2007, de son numéro d'appel, le service Violence conjugale info traite près de 80 appels par jour. Pour faire face à son "succès" grandissant, 8 antennes départementales vont être installées le 1er août. Si le 3919 a amélioré le dispositif d'écoute et d'information, les besoins en lieux d'accueil pour les victimes restent criants tandis que les procédures judiciaires demeurent opaques.

- Violences conjugales: le 3919 sature

* Fédération nationale solidarité femmes (FNSF),
http://pagesperso-orange.fr/solidaritefemmes/
* Site SOS femmes
http://www.sosfemmes.com/

* Revue de sites

- Etat des lieux

"Violences conjugales – Chiffres et mesures", bilan des mesures mises en place en 2006 pour lutter contre les violences conjugales et synthèse de l’étude nationale des décès liés aux violences au sein du couple depuis le début de l’année 2006 (ministère de la Cohésion sociale et de la Parité)

Le dossier "Lutte contre les violences" du ministère de la Cohésion sociale et de la Parité

"La violence faite aux femmes – Une affaire d’Etat", dossier d’Amnesty International

Le rapport d’Amnesty international (février 2006)

"Les violences faites au femmes", La Chronique d’Amnesty international (février 2006)

- Documents officiels

L'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France métropolitaine (ENVEFF), (Institut de démographie de l'université Paris I, 2000)

"Auteurs de violences au sein du couple : prise en charge et prévention", rapport du docteur Roland Coutanceau, remis en en mars 2006 au ministère de la Cohésion sociale et de la Parité, qui examine les voies et moyens d’une prise en charge d’un partenaire violent, dans la perspective d’éviter la récidive

"Etude de faisabilité d’une évaluation des répercussions économiques des violences au sein du couple", novembre 2006 (Centre de recherches économiques, sociologiques et de gestion (Cresge) - Institut catholique de Lille)

"La lutte contre les violences au sein du couple – Guide de l’action publique" (ministère de la Justice, septembre 2004)

"Violences au sein du couple – vers une tolérance zéro" (ministère de la Justice)

La lutte contre les violences au sein du couple, rapport du Sénat (mars 2005)

- L’aide aux victimes

Sur le site d'Amnesty

Les lieux d’accueil

Les permanences

La Fédération nationale solidarité femmes

La législation

Sur le site du ministère de la Cohésion sociale et de la Parité

Sur le site d'Amnesty

Le dossier législatif de Legifrance

La loi du 4 avril 2006, renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs

La circulaire présentant les dispositions de droit pénal et de procédure pénale de la loi n° 2006 399 du 4 avril 2006 renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs, à destination des magistrats (avril 2006)

Le plan global de lutte contre les violences faites aux femmes 2005-2007, présenté en Conseil des ministres le 24 novembre 2004 par la ministre en charge de la Parité : 10 mesures pour l’autonomie des femmes

- Les campagnes de communication

Sur le site du ministère de la Cohésion sociale et de la Parité

La campagne 2006 de la Fédération nationale solidarité femmes

La campagne 2005 du ministère de la Justice

Les campagnes d’Amnesty international

- A l’ONU

La Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes

Voir aussi, UNIFEM

La déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 20 décembre 1993

Le projet « Etude approfondie de toutes les formes de violence à l’égard des femmes » :
*Rapport du secrétaire général de l’ONU (juillet 2006)
*Site du projet
*Synthèse

Message du secrétaire général, à l’occasion de la
Journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes