Tous les médicaments qui ont une activité
« Tous les médicaments qui ont une activité peuvent entraîner des incidents surtout s’ils sont mal utilisés. »
Interview de Charles Hagège, docteur en médecine, co-auteur
avec le professeur Jean-Paul Giroud du « Guide Giroud-Hagège de tous
les médicaments », aux Editions du Rocher.
Essentiel Santé : Quels sont les principaux médicaments utilisés en automédication ?
Charles Hagège : Ils
regroupent les antidouleur ou antalgiques, les antifièvre ou
antipyrétiques, les laxatifs, les antitussifs, les antifatigue ou
antiasthéniques, les médicaments des maux de gorge et des états
grippaux, les pansements gastriques et les médicaments de la «
digestion difficile ».
E. S. : Quel est le principal risque de l’automédication ?
C. H. : Le danger essentiel réside dans le fait que certains médicaments en
vente libre vont masquer des symptômes qui signalent une maladie
sérieuse : ils risquent ainsi de retarder le diagnostic. Ainsi, la
fièvre ou la douleur sont certes souvent le signe d’une affection
bénigne mais associées ou non à d’autres symptômes elles peuvent être
le reflet d’une maladie grave, ne pouvant en aucun cas faire l’objet
d’une automédication. Par exemple, la douleur provoquée par un ulcère à
l’estomac est calmée par un pansement gastrique en vente libre mais la
lésion persiste et peut saigner ou se perforer d’un jour à l’autre en
l’absence d’un diagnostic et d’un traitement précis, établis par le
médecin. Autre exemple, prendre un sirop pour calmer une toux sèche
peut retarder le diagnostic d’une maladie grave du poumon.
E. S. : Tous les médicaments délivrés sans ordonnance sont-ils inoffensifs ?
C. H. :
Ce n’est pas parce qu’un médicament est en vente libre qu’il doit être
considéré comme anodin. Certains médicaments dangereux hors
prescription et surveillance médicales sont en vente libre en France
alors qu’ils sont délivrés uniquement sur ordonnance dans d’autres
pays. Il s’agit de certains progestatifs, antiparasitaires, tous les
vaccins…
Il faut savoir également que des incidents, voire des
accidents, peuvent survenir lors de la prise de tout médicament, même
dans le cas d’une automédication faite à bon escient. Ainsi, la prise
d’aspirine peut entraîner des troubles graves chez les personnes
allergiques à ce médicament.
E. S. : Comment être sûr de « s’automédiquer » sans danger ?
C. H. : Toute
automédication doit être simple et de courte durée. Simple par
l’utilisation de médicaments ne contenant qu’un seul principe actif (au
maximum deux). De courte durée : si au bout de 4 à 5 jours il n’y a pas
d’amélioration ou si d’autres manifestations sont apparues, une
consultation médicale s’impose. Les personnes qui suivent un traitement
médical doivent être spécialement prudentes. En effet, un médicament
peut modifier l’activité ou le devenir d’un autre dans l’organisme. Par
exemple, certains pansements de l’estomac diminuent l’efficacité des
antibiotiques ou encore certains sédatifs en vente libre, qui
contenaient jusqu’à récemment un barbiturique, pouvaient diminuer
l’efficacité de la pilule. Si vous êtes enceinte ou que vous allaitez,
ne prenez jamais de médicament sans un avis médical même s’il est vendu
sans ordonnance. Certains médicaments peuvent passer la barrière
placentaire et atteindre le fœtus. L’automédication est aussi à
proscrire chez le nouveau-né et le jeune enfant.
Enfin, conservez
toujours la notice avec l’emballage du médicament et n’oubliez pas que
l’alcool peut augmenter l’efficacité de certains médicaments tels que
ceux traitant les troubles du sommeil, l’anxiété et la dépression, ou
encore les allergies. Mais l’alcool peut également diminuer l’activité
d’autres produits comme les médicaments contre l’épilepsie, les
anticoagulants oraux ou encore certains tranquillisants.
Source
Docteur Charles Hagège.
« Le Guide Giroud-Hagège de tous les médicaments », Editions du Rocher.
« Le Vidal du particulier », Editions du Vidal.