01 juin 2009
Hépatite C Une sonde pour éviter les biopsies
Hépatite C
Une sonde pour éviter les biopsies

Le FibroScan permet de suivre l'évolution de la maladie. Au centre de
soins pour toxicomanes de l'Hôtel-Dieu, elle devrait permettre de
convaincre davantage de patients de se faire soigner
Les centres de soins spécialisés pour toxicomanes (CSST) proposent une prise en charge globale, gratuite et anonyme, aux personnes dépendantes aux drogues, aux médicaments psycho-actifs ou souffrant d'addictions sans produits comme le jeu pathologique par exemple. Dans ces centres, les patients se voient proposer des programmes de substitution, des sevrages, un suivi médical et psychologique ainsi qu'un accompagnement social. Dans l'agglomération lyonnaise, il existe deux CSST associatifs et deux CSST à gestion hospitalière aux Hospices civils.
Rattaché au service d'hépato-gastro-entérologie alors que la plupart des centres dépendent d'un service de psychiatrie, le CSST de l'Hôtel-Dieu a pris en charge 676 patients en 2008 dont 188 présentaient une sérologie hépatite C positivee. Mais suivre un traitement pour cette maladie, qui a la particularité de rester longtemps silencieuse, est rarement une priorité pour ces patients. Plusieurs raisons à cela selon le Dr Philippe Lack : les difficultés quotidiennes liées à la dépendance, à l'insertion, à la précarité, sont plus préoccupantes pour ces patients que l'hépatite. Il arrive ainsi souvent que ces patients refusent une biopsie du foie qui permettrait de savoir à quel stade de situe leur hépatite et s'il faut lancer un traitement.
Cependant, l'arrivée en février d'un nouvel appareil au CSST devrait permettre de convaincre davantage de patients de se faire suivre.Grâce à une sonde qui envoie des ondes, ce « FibroScan » permet de visualiser l'apparition d'une fibrose - une nécrose des cellules hépatites provoquant le durcissement du foie - pathologie pouvant évoluer jusqu'au stade de la cirrhose. L'examen peut être renouvelé régulièrement afin de suivre l'évolution de la fibrose et l'efficacité du traitement. « L'examen est bien accepté par les patients parce qu'il est indolore, rapide et qu'il ne présente pas d'effets secondaires, contrairement à la biopsie du foie », explique le Dr François Bailly, hépatologue. « On sent juste une petite vibration, une impulsion », reconnaît cette jeune patiente de 26 ans dont le traitement, entamé il y a trois mois, donne des résultats très satisfaisants. De nouvelles sondes ont été récemment mises au point pour pouvoir examiner les enfants et les personnes obèses. Malgré tout, parfois, la morphologie particulière d'un patient (espace intercostal trop serré par exemple) peut entraîner un échec de l'examen.
Créé en 2003 par l'entreprise Echosens, le FibroScan est fabriqué en France et coûte 75 000 euros. Six cents appareils fonctionnement actuellement à travers le monde dont 140 en France où tous les CHU sont équipés. Les Hospices civils possèdent deux autres FibroScan, au service d'hépato-gastro-entérologie depuis 2006 et à l'hôpital Femme Mère Enfant, depuis mars 2007.
Sylvie Montaron
22 avril 2009
Hépatite B, cancers du foie...
Hépatite B, cancers du foie...
La France à contre-courant
« Il y a en France, une génération d’enfants sacrifiés. Ceux nés dans les 10 dernières années, qui n’ont pas été vaccinés contre l’hépatite B. Dans les pays où la vaccination est efficace, le nombre des cas d’hépatite B et de carcinome hépatique (le cancer primitif du foie, n.d.l.r.) diminue, mais attendons-nous à les voir augmenter en France… »
Titulaire de la Chaire de Vaccinologie de l’Université de Genève, Claire-Anne Siegrist préside la Commission fédérale suisse pour les Vaccinations. Cette spécialiste internationalement reconnue est aussi la seule étrangère au comité qui conseille le gouvernement britannique sur ces questions… En cette semaine européenne des vaccinations, son avis prend une résonnance singulière.
« Le jour où la France décidait d’arrêter de vacciner dans ses écoles, nous lancions nos programmes de vaccination scolaire » poursuit-elle. « Nous avons depuis, assisté à un véritable effondrement du nombre des hépatites B aigües en Suisse. Dans les cantons où 60% des adolescents sont vaccinés celui-ci a reculé de 90% et, là où seuls 40% des enfants sont protégés, le recul atteint malgré tout 60%. C’est logique : les adolescents ont des relations sexuelles entre eux. En protégeant un ado, on protège aussi ses partenaires… »
L’inverse est également vrai ! Fin 1998, lorsque Bernard Kouchner décide de ne plus vacciner systématiquement les adolescents, il est vigoureusement critiqué par l’OMS. Soulignant que « plus d’un milliard de doses (de vaccin) avaient été utilisées depuis 1981 avec un exceptionnel niveau de sécurité et d’efficacité », celle-ci dénonçait les « énormes pressions exercées (en France) par des groupes hostiles aux vaccinations ».
Une maladie « tout sauf rare »
Son choix surprit. Le ministre de la Santé de l’époque soulignait la sécurité du vaccin… tout en décidant de ne plus l’utiliser chez l’une des populations les plus à risque. Or les événements signalés en France ne l’ont jamais été … qu’en France. En 2002, l’OMS réaffirme le bien-fondé de la vaccination. En 2003, un consensus international de l’INSERM la vaccination universelle de tous les nourrissons, un programme de rattrapage (…) à destination des enfants et des adolescents, le renforcement de la vaccination des personnes exposées et l’accompagnement (…) par des mesures d’information du grand public et des professionnels de santé ». Position réitérée en avril 2008 par le Haut Conseil de la Santé publique.
Claire-Anne Siegrist a participé à ce consensus. « Il était on ne peut plus clair. Or on attend toujours qu’il soit suivi d’effet. En réalité, les réponses des autorités de santé et des politiques (en France) ont été relativement molles, peu engagées…(Or) même dans les pays de faible endémie (comme la France, n.d.l.r.) le virus de l’hépatite B (VHB) est plus fréquent que celui du SIDA (VIH). Il y a donc plus de risque d’y être exposé qu’au VIH ». Or « le virus de l’hépatite B est 50 à 100 fois plus infectieux que le VIH », rappelle l’OMS.
Là est l’enjeu. Dans les pays de faible endémie, 0,5% de la population serait porteuse de l’antigène HBs traduisant une contamination par l’hépatite B. En France pourtant « un rapport de l’InVS publié en 2004 fait ressortir une proportion de 0,78% de porteurs » souligne notre spécialiste. Il y aurait donc 300 000 porteurs chroniques en France. Et comme « l’INSERM estime que l’hépatite B provoquerait chaque année 1 500 décès en France métropolitaine, (…) nous sommes en présence d’une maladie qui est tout sauf rare ».
Le virus de l’hépatite B est ainsi à l’origine d’une transplantation hépatique sur dix en France. A Taïwan pays vaccinateur, la mortalité par hépatocarcinome chez les moins de 15 ans a été réduite de plus de moitié entre 1984 et 1990. Mais dans l’état actuel des choses, les observateurs s’attendent à ce que le nouveau « plan de lutte » lancé en France au mois de février ait essentiellement un effet… d’annonce.
Source : Entretien avec le Dr Claire-Anne Siegrist, 25 mars 2009 ; OMS, 1998-2008 ; InVS, 2004
09 septembre 2007
Hépatite c : Alternatives pour mieux vivre
Hépatite
c : Alternatives pour mieux vivre
Pour les 700 000 personnes atteintes d'hépatite C en France, le ministère de la Santé préconise le traitement à l'interféron. Des solutions alternatives existent. Petit vade-mecum pour mieux lutter contre la maladie.
Ces
derniers mois, les pouvoirs publics ont mis l'accent sur la nécessité
du dépistage des malades victimes d'hépatite C. On avait, paraît-il, trouvé la parade : l'interféron
(Quand un organisme subit l'attaque d'un virus,
ses globules blancs produisent des substances ou interférons
qui augmentent la résistance à l'agression. Il existe
différentes formes d'interférons, que l'industrie
pharmaceutique est maintenant capable de produire par génie génétique. L'interféron alpha est utilisé dans le traitement de l'hépatite C, le bêta dans
celui de la sclérose en plaques).
Plusieurs raisons conduisent à relativiser l'effet de cette annonce En premier lieu les échecs thérapeutiques
à l'interféron restent nombreux: 55% des patients
traités. Deuxièmement : quantité de malades
demeurent exclus de ce traitement, soit qu'ils sont à un
stade trop avancé de la maladie (cirrhose, lire encadré
ci-dessous), soit qu'ils présentent des fragilités (tendance dépressive, idées suicidaires) qui seront
décuplées par la prise de ce médicament.
Enfin les effets secondaires nombreux : fatigue, nausées,
céphalées, insomnies, dérèglements
psychiques, myalgie, sécheresse de la peau, chute des cheveux…
pénalisent grandement la qualité de vie du patient,
l'incitant à arrêter le traitement.
Pour ne donner que quelques chiffres, l'association SOS Hépatites
a évalué que la prise d'interféron entraîne
dans 75% des cas de l'asthénie ou une grande fatigue, dans
77% des problèmes musculaires divers allant parfois jusqu'à
l'immobilité partielle grave, nécessitant le recours
au fauteuil roulant et dans 30% une dépression lourde.
"Le pire, pour moi, durant le traitement, c'est le mal-être,
précise Thomas Laurenceau, membre actif de SOS Hépatites-Ile-de-France.
Les nausées, la fatigue, ça se gère, mais
la dépression, c'est autre chose. Et c'est d'autant plus
difficile à vivre que le monde médical ne semble
pas s'en soucier. S'il y a eu des avancées technologiques,
il reste encore tout à faire au niveau de l'accompagnement
humain des malades. À SOS, on se bat pour la formation
des patients et surtout des médecins. Ils ont encore trop
tendance à ne voir en nous que le foie à soigner."
Pour toutes ces raisons et quoi qu'en pensent les médecins
classiques, de nombreux malades utilisent les traitements alternatifs,
soit pour supporter l'interféron, soit pour se soigner ou mieux vivre leur maladie.
La superoxydismutase
À 38 ans, Isabelle Terrana commence enfin à revivre. En 1996,
on lui diagnostique une double séropositivité VIH-VHC
et un cancer du col de l'utérus. Après une radiothérapie,
elle se fait opérer de sa tumeur cancéreuse, en
février 1997. Deux mois plus tard, les images du col font
penser à un retour du cancer. Seul le Pr Jacques Émerit, hépatogastro-entérologue, ex-consultant à
l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris, parle de fibrose, un processus dégénératif,
consécutif aux rayons, et qui concerne également
le foie. Il décide de lui prescrire un traitement à
la Superoxydismutase (SOD). Alors que cette enzyme est interdite
en France depuis 1991, il obtient une autorisation temporaire
d'utilisation pour sa jeune patiente: "Il m'a fait une ordonnance
et ma mère est allée en Espagne m'acheter mes piqûres
de SOD. Le traitement a duré de 4 à 6 mois avec
deux séries de 25 piqûres environ. Sans aucun effet secondaire, le résultat a été positif. Les
biopsies ont révélé la disparition totale
des fibroses du col de l'utérus et du foie. Et quatre ans
après, ma dernière biopsie montre toujours un col
et un foie intacts. Aujourd'hui, je n'ai plus de cancer, plus
de fibrose, la vie va de mieux en mieux. Bien sûr, les virus
sont toujours là et la trithérapie contre le sida
me pose toujours des problèmes d'effets secondaires. Mais
ce qui est extraordinaire c'est qu'il m'arrive de ne plus penser
que je suis malade", explique Isabelle.
À cause de son interdiction en France, pour des raisons
de sécurité -la SOD étant un produit d'origine
bovine-, il n'est pas toujours facile de s'en procurer. Anne Hérault, présidente de l'association Pourquoi, n'en a pas les moyens : "Lorsque, comme moi, on est en phase avancée ou
terminale de la maladie (cirrhose et deux nodules cancéreux sur le foie), que l'on ne peut de toute façon plus supporter
l'interféron, il est inadmissible que l'on ne nous permette
pas de recourir à des remèdes efficaces. J'aimerais
me soigner à la SOD, mais je n'ai actuellement pas les
moyens de payer le prix demandé par les laboratoires espagnols.
On est obligé de constater que le droit de se soigner comme on veut est un principe démocratique ignoré en France.
D'après le Pr Henri Bismut chef du service hépato-biliaire
de l'hôpital Paul-Brousse (Villejuif), d'ici à deux
ans, 70000 "hépatants" seront en attente urgente
de greffes du foie alors que l'on ne dispose actuellement en moyenne
que de 700 greffons par an. Il apparaît donc essentiel detrouver des alternatives au traitement à l'interféron."
La phytothérapie
Outre
la SOD, certaines plantes possèdent des propriétés
anti-fibrosantes ou hépatoprotectrices non négligeables.
Le Dr Pierre Tubery a rapporté d'un séjour au Cameroun
deux plantes d'un grand intérêt: le Desmodium adscendens
et le Securidaca longepedunculata (arbuste). Plus efficace sur
les effets de l'hépatite B que sur ceux de l'hépatite
C, le Desmodium est une plante annuelle de la zone équatoriale,
de la famille des fabacées. Découverte en Afrique
où on l'utilise pour soigner l'ictère (jaunisse),
due à l'hépatite virale, elle a été soumise à des études de toxico-pharmacologie, autant
en France qu'en Italie. Celles-ci ont démontré qu'ingéré
sous forme de tisane ou de décoction concentrée,
le Desmodium ne présentait aucune toxicité. Il n'agit
pas contre le virus, mais protège puissamment le foie.
Cependant, son efficacité n'est réelle que dans
la phase d'invasion : au début de la maladie quand le virus
s'installe. Or, dans le cas de l'hépatite C, cette phase
passe bien souvent inaperçue, d'où les limites alors
du Desmodium. Durant la phase chronique de la maladie, le Dr Tubery
propose des comprimés de sénégénate
de magnésium, obtenus à partir de la racine de Securidaca longepedunculata, utilisée par les guérisseurs africains
pour les allergies et les maladies auto-immunes. Elle ralentit
la multiplication des lymphocytes (globules blancs jouant un rôle immunitaire) et des fibroblastes (cellules jeunes précurseurs
du tissu conjonctif) permettant un arrêt du développement
de la fibrose, voire sa régression. Pour certains cas observés
par le Dr Tubery, la persistance de cet effet bénéfique
passe souvent par un traitement à vie, soit 4 comprimés
par jour, sans effet secondaire.
Une approche globale
De
son côté le Dr Laurent Hervieux, homéopathe
et phytothérapeute, préconise de l'extrait de curcuma,
du sélénium et la suppression des produits laitiers : "Le curcuma est un
antiviral, un anticancéreux et un hépatoprotecteur.
Dans le cas d'une hépatite C, je le propose en granulés,
plutôt qu'en teinture-mère, celle-ci, plus efficace,
contient malheureusement de l'alcool, nocif pour le foie. Pour
certains patients, j'ajoute du sélénium sous forme
de granions® qui est à la fois un antioxydant, un anti-vieillissement
et a une action préventive en matière de cancer.
L'avantage de ces produits, c'est qu'ils sont sans effet secondaire.
L'hygiène alimentaire est aussi un facteur important pour
la qualité de vie des "hépatants". Le
mieux est de supprimer totalement l'alcool et les produits laitiers
qui contribuent énormément à l'encrassage
du foie. L'arrêt des laitages chez tous mes patients atteints
d'hépatite C a systématiquement amélioré leur état."
Les vitamines et les oligoéléments
Michelle
Sizorn, atteinte d'hépatite C depuis 24 ans, s'est énormément
documentée sur les différents traitements naturels
pour pallier les effets secondaires de l'interféron et
les effets de la maladie elle-même. "L'artichaut est
en effet excellent parce qu'il active la régénération des cellules du foie. De même, le pissenlit et le chardon-marie
qui sont des hépatoprotecteurs naturels. D'autre part,
les vitamines et les oligoéléments ne sont pas à
négliger. L'apport des vitamines A et D, dangereuses pour
le foie, devrait être contrôlé. En revanche,
les vitamines B, B5, B12, C et E sont conseillées. Les
vitamines B et C luttent efficacement contre la fatigue, redonnent
du tonus et la vitamine E est un antioxydant qui aide à
maintenir la qualité de la peau. Enfin, le manganèse
aide bien les malades qui souffrent de problèmes musculaires et le sélénium est efficace en matière de
prévention virale et cancéreuse. L'hépatite C, et surtout les effets secondaires de l'interféron, nous
conduisent inévitablement à réfléchir
sur notre alimentation, notre hygiène de vie et sur les besoins de notre organisme. C'est une recherche essentielle pour
améliorer notre qualité de vie."
Sans doute touchons-nous là du doigt la demande essentielle des victimes de l'hépatite C: une meilleur compréhension
de leur mal-être lié aux difficultés sociales, familiales, professionnelles qu'entraîne souvent la maladie,
même soignée par l'interféron. Et si toutes
ces ressources alternatives améliorent leur qualité de vie, il serait judicieux d'y prêter davantage attention.
Christine Kerfant
