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Prise en charge

 

 

Mal connues, les maladies mentales font peur. D'où les difficultés à les prendre en charge tôt.

 

«En psychiatrie, la prévention est possible. C'est efficace et rentable», explique le Pr Marion Leboyer, directrice de la fondation Fondamental, à l'occasion du colloque sur ce thème qui se déroulait au Conseil économique et social à Paris jeudi dernier. Mais avant toute chose, il est urgent de déstigmatiser les maladies mentales.

Car aujourd'hui encore, elles font peur. Deux Français sur cinq l'associent à la folie et les mots «cinglé» ou «taré» n'ont pas disparu du vocabulaire, selon une enquête Ipsos réalisée pour la fondation Fondamental et le groupe Klesia. L'image sociale des personnes atteintes de maladies mentales reste malheureusement attachée à la dangerosité, à la dépendance et aux difficultés de socialisation: pour 42 % des Français, les malades mentaux ne peuvent pas assumer la responsabilité d'une famille et la moitié d'entre eux se sentiraient gênés de vivre sous le même toit.

Délais de diagnostic

Des idées reçues et des craintes qui trouvent leur source dans un manque de connaissances sur le sujet. Ainsi, près de la moitié des Français associent spontanément des affections neurologiques, comme les maladies d'Alzheimer ou de Parkinson, aux maladies mentales. Par ailleurs, 70 % des personnes interrogées estiment la prévalence de ces maladies entre 3 et 10 %, alors qu'en réalité un quart de la population française est touchée.

«Tout reste à faire pour informer le public sur les facteurs de risques, les signaux d'alertes et les prises en charges disponibles», reconnaît le Pr Leboyer. Résultat: un trouble bipolaire va être diagnostiqué 10 ans après son apparition et les patients atteints de psychoses vont attendre deux ans pour avoir accès aux soins. Pourtant, prendre en charge le plus tôt possible une maladie mentale, c'est en améliorer le pronostic et diminuer le handicap de pathologies qui touchent principalement des gens jeunes.

«Après un premier épisode psychotique, tout se joue dans les 3 à 5 ans qui suivent», affirme Marion Leboyer. Mais bien souvent, après ce premier épisode, les patients sortent du système de soins. C'est pourquoi l'Australie et la Suisse ont mis sur pieds des équipes spécialisées mobiles qui suivent les personnes à domicile… Un exemple, que la fondation Fondamentale préconise pour la France: «Nous avons calculé qu'il faudrait une équipe pour 300.000 habitants. Ce qui permettrait de prendre en charge 60 premiers épisodes psychotiques», explique le Pr Leboyer.

Rester en contact avec les malades

Autre exemple: celui de la prévention des suicides. «Sur 100 tentatives de suicides, 40 vont récidiver dont la moitié dans les 6 mois qui suivent», affirme le Pr Guillaume Vaiva, psychiatre au CHRU de Lille. D'où l'idée de garder le contact par l'intermédiaire de cartes postale ou d'appels téléphoniques pendant 6 mois avec les personnes arrivées aux urgences pour tentative de suicide. Ce suivi diminue le nombre de décès ultérieurs par suicides, selon une expérimentation menée par l'équipe Lilloise.

Efficaces et peu coûteuses, ces mesures de prévention nécessitent cependant des moyens adaptés et des équipes spécialisées. Pour Marion Leboyer cela signifie que l'hospitalisation à domicile doit se développer en psychiatrie, comme cela a été fait pour des maladies comme le cancer.

 

 

 

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