Le combat d’une ado

À 15 ans, Lucile, Nancéienne, est diabétique. Elle se bat contre le déremboursement des moyens d’autocontrôle de la maladie

Sa lettre parue hier dans le quotidien «Libération» a provoqué un véritable déferlement médiatique. Aujourd’hui, Lucile, Nancéienne âgée de 15 ans, est aussi bien sollicitée par des radios parisiennes que par la presse écrite. Bien malgré elle. Ce « quart d’heure de gloire », comme se plaisent à lui rabâcher ses amis au lycée, ce n’était pas son objectif.

Diabétique depuis l’âge de 2 ans, l’adolescente souhaitait à travers son témoignage interpeller le gouvernement, et plus largement les lecteurs, sur un arrêté qui « est passé plutôt inaperçu » : celui du 25 février 2011.« Relatif à la modification des conditions de prise en charge des appareils pour lecture automatique de glycémie », cet arrêté doit à terme réduire le remboursement des bandelettes utilisées par les diabétiques pour se contrôler.

« Généralement, ça commence comme ça ; on supprime quelque chose et petit à petit, on rembourse de moins en moins »

Lucile n’est pas directement concernée par cette mesure : son diabète, dit de type 1 ou encore insulinodépendant, l’oblige à « se piquer » quatre fois par jour pour fournir de l’insuline à son organisme, et l’exclu de la mesure qui limite ainsi le nombre de bandelettes remboursées à 200 par an (il en faut 2 par jour « lorsque sa maladie n’est pas déréglée », soit 730 par an). « Mais j’ai tout de même souhaité témoigner car généralement, ça commence comme ça ; on supprime quelque chose et petit à petit, on rembourse de moins en moins de choses. Peut être que bientôt, je serais concernée par un nouvel arrêté ».

Tout commence il y a trois semaines, quand elle décide d’écrire au Ministère du travail et de la santé. « Ton courrier finira aux oubliettes », affirment ses parents. La jeune fille, timide mais résolue, ne se démonte pas. Et contacte de nombreux journaux. « Dès que j’évoquais le déremboursement, ils tiquaient tout de suite ».

Elle entreprend des recherches pour argumenter son récit. Tout y passe : le nombre de diabétiques en France, le nombre de bandelettes et le coût que le patient devra prendre en charge lui-même, à raison de deux bandelettes par jour… Elle ne manque pas non plus d’épingler le président de la République sur l’acquisition d’un Airbus A330 à l’automne 2010, pour un montant de 180 millions d’euros. « Soit 4.736.842 boîtes de bandelettes » ! Mais elle n’oublie pas les autres affections de longue durée (sida, cancers, Alzheimer…) concernée par les mesures d’économies entreprises par l’Etat depuis 2010. Quand elle envoie sa lettre à « Libération », la rédaction la recontacte dans la journée.

Heureuse d’avoir pu faire ce témoignage, émouvant, qui raconte aussi ses difficultés du quotidien, Lucile ne souhaite pas pour autant multiplier les apparitions médiatiques. « À force cela risque de banaliser les choses », analyse-t-elle avec beaucoup de maturité. « J’ai bien conscience que dans une semaine, je retomberai complètement dans l’oubli ».

 

Laurie MARSOT

Source : http://www.estrepublicain.fr/fr/index.html