14 février 2007
La cause du syndrome fibromyalgique est connue.
Si l'on s'en tient à la stricte définition du FMS selon les critères
de l'ACR (American College of Rheumatology) de 1990, il existe de
fortes preuves objectives de l’origine de l’état douloureux chronique
fibromyalgique. Grâce aux techniques de neuro-imagerie fonctionnelle cérébrales, aux
dosages biochimiques du LCR et aux expériences de stimulation
douloureuse provoquée, il apparait possible de redéfinir le FMS comme
l’expression somatique d’un dérèglement du traitement cérébral et
médullaire de la douleur nociceptive sans lésion tissulaire
périphérique. Voir articles : Voir diaporama : "Apport de la neuro-imagerie fonctionnelle à la compréhention du syndrome de fibromyalgie (FMS)" Dr Jean-François Marc Traduction : « Les articles sur le syndrome de
Fibromyalgie commencent généralement par préciser que « la cause du
FMS n'est pas connue ». Cette affirmation n'est plus justifiée. Ne confondons pas cause et facteur déclenchant ou d’entretien. On retrouve dans les causes déclenchantes une vulnérabilité au stress physique ou psychologique, acquise ou génétique (formes familiales, polymorphisme des gènes de neurotransmetteurs sérotonine dopamine…) Les troubles du sommeil sont essentiels dans
l’entretien et le dérèglement de l’homéostasie des horloges internes
de la gestion de la douleur médiée par le neurotransmetteur sérotonine. Ces anomalies consistent en un sommeil lent profond (stade 4, ondes
delta) perturbé par des réveils multiples (stade éveillé au repos
sensoriel yeux fermés type somnolent relâché selon la classification
de Rechtschaffen et Kales, ondes alpha) avec modification profonde de
l’architecture du sommeil. Elles sont enregistrables par polysomnographie (tracé «alpha delta
») et hypnogramme mais en réalité ne sont pas souvent utilisés en
pratique courante car faciles à retrouver par l’interrogatoire dirigé
(la patiente n’exprimant pas toujours des anomalies souvent
précessives anciennes auxquelles elle s’est habituée mais qui se sont
soit récemment sournoisement aggravées dans les formes à début
progressif soit brutalement dégradées dans les formes à début rapide). Dans les facteurs de pérennisation, surtout pour
les formes chroniques à évolution désespérante une cause
psychologique voire psychiatrique doit être recherchée et un soutien
adapté par un professionnel doit être proposé. 30% des patientes fibromyalgiques développent une dépression secondaire, 10 % ont un facteur déclenchant psychiatrique de la petite enfance, et les autres ? A l’inverse très peu de patients dépressifs développent un
tableau clinique précis de Fibromyalgie, même ceux qui se plaignent de
douleurs diffuses n’ont pas les points tendinomusculaires d’examen
clinique de Yunus . La neuro-imagerie fonctionnelle a permis de prouver que
l'hyperalgésie à la pression du FMS est indépendante des activations
neuronales constatées dans le syndrome dépressif. Il appartient pour certains au syndrome somatoforme (SSF)
selon la classification DSM-IV et de ce fait on note une tendance
actuelle à regrouper le FMS avec d’autres syndromes d’irritabilité
divers ou dysfonctionnels. L’association reste possible surtout si l’on prouve dans l’avenir
que ces autres syndromes dits fonctionnels par opposition à
lésionnels (organiques) relèvent également d’un désordre de la gestion
centrale de la douleur à point de départ viscéral (vessie , colon …) Il en est ainsi des syndromes de l’intestin irritable (IBS
Irritable bowel syndrome), de la vessie irritable ou syndrome uréthral
féminin (Irritable bladder syndrome), le syndrome d’intolérance
chimique multiple (Multiple Chemical Sensitivity :MCS), le syndrome de
pathologie chronique multi systémique (CPMS), du syndrome
algodysfonctionnel de l’articulation temporomandibulaire (SADAM), des
impatiences nocturnes ou syndrome des jambes sans repos (SJSR) (
Restless leg syndrome), du syndrome myofascial localisé (MPS) … Aux USA, la douleur diffuse chronique (chronic widespread
musculoskeletal pain : CWMP) est très fréquente, l'entité
fibromyalgique ne représente qu'une partie de ce vaste ensemble. Effectivement la définition même du terme douleur a été récemment
modifiée reconnaissant la possibilité d’une réalité douloureuse par
dysfonctionnement des voies de la douleur sans lésion viscérale ou
cutanéomusculaire sous jacente. La douleur est définie par l’Association Internationale pour l’Etude de la Douleur (IASP) comme « une
expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à un
dommage tissulaire présent ou potentiel, ou décrite en termes d’un tel
dommage ». Cette maladie chronique évoluant depuis plus de 3 mois selon les critères ACR peut guérir rapidement (formes abortives)
si la prise en charge est très précoce et compétente associant des
corrections des rythmes déréglés le sommeil surtout (la sérotonine
gère douleur et sommeil à l’échelon central), le tonus, l’humeur si
besoin voire l’alimentation et en proposant une thérapie légère pour
ces formes débutantes correctrices des neurotransmetteurs impliqués (
sérotonine : amitriptyline faible dose (laroxyl®),
sérotonine noradrénaline : fluoxétine (prozac®), milnacipran (Ixel®) ou
sérotonine dopamine (impliquée dans la gratification des actes) : Fibromyalgine® complexe phytothérapeutique naturel simple et efficace. Dans les formes plus installées évoluant depuis quelques
années, il faut ajouter à la prise en charge sus citée , des
thérapies non pharmacologiques selon les recommandations des experts
(Carla, Eular à paraître en 12-2006) avec reconditionnement physique,
soutien psychologique, thérapie comportementale et cognitive. Un suivi doit être assuré avec surveillance par le QIF hebdomadaire, outil de référence d’évaluation de la qualité de vie renseigné par la patiente et des consultations régulières pour ajustement thérapeutique et écoute médicale. Bien évidemment toute souffrance chronique comporte : Ainsi si une approche psychologique apparaît indispensable elle
s’intègrera naturellement dans la prise en charge globale et
multidisciplinaire de ces patientes. Dans les formes chroniques d’évolution désespérantes, un
entretien psychiatrique doit être proposé afin de traquer un facteur
endogène de pérennisation qui relèverait d’une prise en charge
spécialisée complémentaire de la prise en charge globale et
multidisciplinaire précitée. Des patients guéris existent quelque soient les formes de présentation clinique, ils peuvent témoigner. Une nouvelle définition est attendue compte tenu des
énormes progrès dans la compréhension de la physiopathogénie de cette
entité hétérogène (ACR Washington Nov 2006 ?) Cette définition neurobiologique et clinique fera mention d’un état d’allodynie diffuse (douleur pour un niveau de stimulation habituellement indolore) avec hyperalgésie à la pression
(douleur excessive pour un niveau de douleur stimulée)
tendinomusculaire aux points précis et absents aux points contrôles
(front, face antérieures des cuisses et avant-bras, pouces), par anomalie de la transmission et de la modulation de la gestion médullaire et cérébrale de la douleur sur un terrain
probablement favorisant génétique (formes familiales, études de jumeaux
homozygotes, polymorphisme polygénique de neurotransmetteurs) ou acquis
de sensibilité au stress. Ainsi de nouvelles solutions thérapeutiques sont déjà proposées et même recommandées (Eular 2006) sans négliger la prise en charge non pharmacologique physique et cognitivo-comportementale des patientes. La prégabaline, hors AMM, en diminuant le relargage du glutamate et de la substance P (pain) intervient sur la modulation de la douleur. Le tramadol agit par ses effets antalgiques périphériques et centraux via les monoamines cérébrales (neurotransmetteurs de la douleur). "Confirmation de l’intérêt des antidépresseurs tricycliques (ADTC)
à faible dose modulant la sérotonine (amitrytiline), à un moindre degré
les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (IRS)
fluoxétine et des AD mixtes (milnacipran®) agissant sur la sérotonine
et la noradrénaline ou ceux à action dopaminergique (doluxetine)." En médecine alternative douce et naturelle la Fibromyalgine® propose des extraits végétaux reconnus pour leurs effets sérotoninergiques et dopaminergiques. En recherche, mais sans indication actuelle pour l'oxybate de
sodium(Xyprem) à l'AMM récente (très encadrée) pour les états
d'hypersomnie, narcolepsie et catapléxie... Ainsi nous pourrons remercier les patients fibromyalgiques d’avoir
stimulé la recherche médicale et les fibrosceptiques d’avoir maintenu
par la critique la traque du dérèglement physiopathologique complexe
de cette entité reconnue depuis 1992 seulement par l’OMS (Organisation
Mondiale de la Santé). Arrêtons ces contre vérités : « la fibromyalgie n’existe
pas, sa cause n’est pas connue, c’est une forme de dépression, elle ne
se soigne pas et de toute façon ne peut pas guérir … » Dr Jean-François MARC« La cause du Syndrome de Fibromyalgie (FMS) est maintenant connue. »
"Contribution de la neuro-imagerie à la physiopathogénie de la Fibromyalgie(FMS)". Dr Thorsten Giesecke
«les bases scientifiques pour comprendre la fibromyalgie » Dr RM Bennett
Extrait de l'article de RM Bennett : «Fibromyalgia articles commonly begin with the admonition that "the cause of fibromyalgia is not known". This assertion is no longer justified. Impressive advances have been made in understanding the neurobiology of chronic pain».
Des avancées impressionnantes ont été faites dans la compréhension de la neurobiologie de la douleur chronique ».
Voir Diaporama : "Troubles du sommeil et FMS"Non, le FMS tel que défini selon les critères de classification ACR 1990, n’est pas une dépression.
Voir Diaporama : "Apport de la neuro-imagerie fonctionnelle à la compréhention du syndrome fibromyalgique (FMS)."Non le FMS n’est pas un « syndrome fourre tout ».
"Fibromyalgia is now considered part of the spectrum of chronic pain" RM BennettLa douleur nociceptive n’implique pas la constatation d’une lésion tissulaire.
Il faut distinguer la douleur aiguë, symptôme d'une lésion, de la douleur chronique, qui est une maladie à part entière.
On parle de douleur chronique après un délai d’évolution de 3 à 6 mois.La fibromyalgie peut guérir et même doit guérir. La fibromyalgie se soigne.
- un aspect émotionnel et affectif complexe géré par le cortex préfrontal partie la plus élaborée du cerveau (télencéphale du prosencéphale) via le thalamus (diencéphal du prosencéphal) médial
- et une gestion somatosensorielle (localisation, intensité ) de la douleur par les aires somatosensitives via le thalamus latéral .
Pas question d’abandonner ces patients à leur triste sort.Il existe des médicaments efficaces
D’autres antalgiques
interagissant avec les voies de la douleur à l’échelon médullaire et
cérébral seront découverts ces prochaines années et permettront de
soulager bien d’autres états douloureux différents du FMS.
Rhumatologue
Directeur Médical du LABRHA
1er Novembre 2006
