Présentation



La chélation (prononcer « kélation ») est d’abord une approche médicale visant à
désintoxiquer l’organisme des minéraux et des métaux nuisibles
. Du mot grec « khêlê », qui signifie « griffes » ou « pinces », la chélation est, plus précisément, le procédé par lequel une substance organique (l’agent chélateur) se lie à des minéraux ou des métaux ionisés (chargés électriquement) comme le fer, le calcium, le plomb, le cuivre, etc. Le complexe qui en résulte étant stable, inactif, non toxique et soluble, il peut facilement être éliminé par voie urinaire. La chélation par injection intraveineuse est une pratique médicale couramment utilisée dans les cas d’intoxication à certains métaux lourds, notamment le plomb, et d'élimination des substances radioactives nocives.

Des usages alternatifs controversés

En plus de cette application classique pour la désintoxication, certains thérapeutes affirment que la chélation pourrait également être utile contre l’artériosclérose et une foule d’autres problèmes de santé, des allergies à la maladie d’Alzheimer, en passant par le diabète, l’ostéoporose, la maladie de Parkinson, l’arthrite rhumatoïde et même la calvitie. Mais toutes ces applications, particulièrement l’utilisation de l’agent chélateur EDTA pour traiter l’artériosclérose, font l’objet d’une vive polémique depuis plusieurs années. C’est particulièrement de cet agent chélateur dont il sera question dans cette fiche.

Conçu en Allemagne dans les années 1930, l’EDTA (en anglais : ethylene-diamine tetraacetic acid - en français : acide éthylène-diamino-tétraacétique) a été utilisé, une décennie plus tard, auprès de travailleurs américains atteints d’intoxication au plomb. Au cours des années 1950, le Dr Norman Clarke, directeur de recherche du Providence Hospital de Detroit au Michigan, remarque que le traitement à l’EDTA s’accompagne souvent d’améliorations notables de l’état de santé : diminution des douleurs d’angine (liées au blocage des artères), amélioration des facultés de mémorisation et de l’acuité des sens (vue, ouïe, odorat), hausse de l’énergie, etc.

L’EDTA, croyait-on à l’époque, s’attaquerait aux dépôts de calcium, débloquant ainsi les artères, hypothèse réfutée par des expériences subséquentes. Depuis, les hypothèses se sont succédées, dont une, particulièrement populaire, voulant que l’EDTA combatte les radicaux libres, ces molécules impliquées dans le vieillissement de l’organisme.

À ce jour, la communauté scientifique n’est toujours pas parvenue à un consensus, ni sur les actions bénéfiques potentielles de la chélation, hormis la désintoxication, ni sur les mécanismes qui seraient en cause.

La recherche en médecine environnementale établit certaines corrélations entre l’exposition aux métaux lourds (et autres produits toxiques) et plusieurs problèmes de santé et maladies chroniques. Par exemple, une récente synthèse d’études explorait l’hypothèse voulant qu’une exposition au plomb de faible intensité soit un important facteur de développement de l’hypertension artérielle1. La prévention et le traitement des intoxications mineures au plomb font d’ailleurs encore aujourd’hui l’objet de plusieurs recherches et discussions2,3. D’autres chercheurs ont émis l’hypothèse de liens entre la présence dans l’organisme de certains métaux et l’autisme4-6 ou la maladie d’Alzheimer7 ou de Parkinson8. Mais les données ne sont pas probantes, et le débat est loin d’être clos.

Quoi qu’il en soit, la chélation continue de gagner en popularité. Certaines personnes y ont recours en prévention pour s’assurer de débarrasser leur organisme de toute trace de métaux potentiellement toxiques ou nuisibles. Et de plus en plus, des médecins spécialisés offrent cette thérapie, en clinique privée, à une clientèle vieillissante et fortunée, souvent frappée par l’artériosclérose. La chélation, puisqu’elle s’attaquerait à diverses maladies dégénératives, est souvent présentée comme une des thérapies de rajeunissement, dites « de Jouvence ». Selon les estimations de l’American College for Advancement in Medicine, qui fait la promotion de cette technique, plus de 800 000 traitements de ce type ont été réalisés aux États-Unis en 1997.

Applications thérapeutiques

Outre la désintoxication classique, les études scientifiques publiées portent principalement sur les effets de la chélation (par injection intraveineuse d’EDTA) dans le traitement des maladies cardiovasculaires.

Contribuer au traitement des maladies cardiovasculaires

Plusieurs revues systématiques9-12 ont évalué les effets de la chélation par injection d’EDTA pour traiter les maladies cardiovasculaires et ont conclu qu’il n’y a pas assez de preuves pour déclarer cette thérapie efficace et sécuritaire. Dans la dernière revue systématique, publiée en 200612, les auteurs concluent que la chélation devrait être utilisée uniquement dans un contexte de recherche, et auprès de patients ne répondant pas aux traitements classiques.

Devant cette situation, et surtout parce que les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité aux États-Unis, les National Institutes of Health (NIH) ont décidé, en 2003, d'entreprendre une vaste étude13 d’une durée de cinq ans visant à évaluer les effets de la chélation chez plus de 2 500 survivants d’une crise cardiaque. Les résultats, attendus en 2008, devraient permettre aux experts de se prononcer avec plus de certitude sur la validité ou non de la thérapie.

Autres applications

Aucune donnée scientifique ne permet présentement de conclure à une efficacité possible de la chélation pour les autres applications thérapeutiques alléguées.

Section Applications thérapeutiques

Recherche et rédaction scientifique : Geneviève Asselin, M. Sc., Chaire Lucie et André Chagnon pour l'enseignement d'une approche intégrée en prévention, Université Laval.
Révision scientifique : Claudine Blanchet, Ph. D., Chaire Lucie et André Chagnon pour l'enseignement d'une approche intégrée en prévention, Université Laval

(juin 2006)

En pratique

La chélation par intraveineuse est un acte médical qui doit être pratiqué par un médecin dûment formé et accrédité, dans des conditions rigoureuses, tant en ce qui concerne l’hygiène, que la préparation et le suivi. Le traitement, qui dure de deux à quatre heures, est sans douleur. La solution est injectée par une veine située sur l’avant-bras ou le dos de la main, et le patient demeure assis.

Par la suite, les métaux indésirables sont évacués par voie urinaire. Le traitement s’accompagne généralement de la prise de suppléments de vitamines et de minéraux, notamment de zinc, afin de compenser les pertes causées par la désintoxication. De 20 à  40 séances échelonnées sur un à deux ans peuvent s’avérer nécessaires. À moins qu’il s’agisse d’une intervention destinée à éliminer une grave intoxication, le coût de la chélation, qui peut atteindre quelques milliers de dollars, est rarement remboursé par le gouvernement ou par les compagnies d’assurances.

La plupart des praticiens se trouvent aux États-Unis, mais il y en a également au Canada, en Europe et en Australie. Pour connaître leurs coordonnées, consulter le répertoire de l’American College for Advancement in Medicine (voir Sites d’intérêt).

Autochélation?

Cocktails vitaminés et suppositoires désintoxiquants à base d’EDTA sont actuellement offerts en vente libre, notamment par Internet. Leur concentration en EDTA est toutefois extrêmement faible comparativement au traitement par intraveineuse. Et puisqu’il n’y a aucune certitude quant à l’efficacité de la chélation intraveineuse sur les maladies cardiaques, il est encore plus difficile d’affirmer que la chélation par voie orale ou rectale puisse avoir une quelconque efficacité.

Formation professionnelle

Pour pratiquer la chélation, les professionnels de la santé, majoritairement des médecins, doivent avoir obtenu une certification de l’International Board of Clinical Metal Toxicology ou d’un organisme équivalent. L’American College for Advancement in Medicine, l’organisme qui fait la promotion de la technique en tant que thérapie cardiovasculaire ou de rajeunissement, coordonne la formation dans plusieurs pays.

Livres, etc.

Brecher Harold et Brecher Arline. Forty Something Forever: A Consumer’s Guide To Chelation Therapy and other Heart-Savers, New Leaf Distributing Co., États-Unis, 1992.
Un livre accessible, rédigé par deux journalistes médicaux. Accent sur la chélation comme thérapie de rajeunissement.

Cranton Dr Elmer. Bypassing Bypass:The New Technique Of Chelation Therapy, Hampton Road Publications, États-Unis, 1990.
Le médecin explique comment la chélation pourrait améliorer la circulation sanguine, freiner le processus de vieillissement, voire éviter la chirurgie cardiaque. Un livre qui suscite encore de vives polémiques.

* Walker Morton. Chelation Way, The Complete Book of Chelation Therapy, Avery Publishing Group, États-Unis, 1990.
Un autre classique (souvent revu et réédité) considéré comme une référence incontournable.

* Cranton et Walker ont tous deux publié plusieurs autres livres sur le sujet.

Sites d’intérêt

American College for Advancement in Medicine
Organisme qui fait la promotion et qui encadre la thérapie par chélation. Répertoire des praticiens.
www.acam.org

Chelation Medical Centers of the Okanagan
Le site d’un médecin canadien qui pratique la chélation et qui en vante les bienfaits.
www.chelationbc.com

International Board of Clinical Metal Toxicology (ABCMT)
L’organisme qui supervise la pratique et certifie les thérapeutes.
http://ibct.info

National Center for Complementary And Alternative Medicine
On trouve dans ce site, qui fait partie des National Institutes of Health américains, un excellent résumé de la situation.
www.nccam.nih.gov


Recherche et rédaction : Julie Calvé et Léon René de Cotret
Fiche mise à jour le : 28 novembre 2006