Le gouvernement relance inlassablement ses campagnes antitabac, espérant ainsi inciter les gens à arrêter de fumer. Mais, ce n'est pas toujours facile de décrocher du jour au lendemain. Heureusement, patchs, gommes, acupuncture et autres nous aident. Mais, au fait, combien ça coûte d'arrêter de fumer ?

"Ma décision est prise, demain j'arrête !" Super, mais comment s'y prendre quand on est accro ? Arrêter de fumer est une décision importante et difficile, une décision qui coûte ! En général, tout candidat à l'arrêt du tabac a une certaine volonté, voire une volonté certaine, mais le manque se fait souvent ressentir... Et une aide s'impose.

Plusieurs possibilités s'offrent alors au repenti fumeur pour accompagner son sevrage tabagique. Il y a d'abord les substituts nicotiniques. Il existe également un médicament prescrit sur ordonnance et enfin différentes thérapies, souvent issues de la "médecine douce". Retenons les conseils du Docteur Ouazana, médecin généraliste spécialisé en tabacologie et membre de l'association Alliés : "Je recommande l'utilisation conjointe de différentes méthodes, car il faut bien comprendre qu'elles ne sont pas indépendantes mais complémentaires pour être plus efficaces. Vous pouvez donc associer patchs et comprimés sublinguaux, Zyban et patchs, TTC plus homéopathie, etc., selon les recommandations du médecin traitant."

Si l'on sait qu'un fumeur moyen consomme 11,6 cigarettes en 2003, selon un sondage réalisé par IPSOS pour l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (INPES). Cela représente environ un paquet de 20 cigarettes sur deux jours et un budget mensuel de 75 euros qui part en fumée (soit encore 900 euros à l'année) ! Mais combien coûte le fait d'arrêter de fumer ? Connaissant le prix du vice, quel est celui de la vertu ? Penchons-nous un instant sur ce problème des plus fumeux !

M comme médecins généralistes...

Le médecin de famille est la première personne vers qui l'on se tourne lorsqu'on décide d'arrêter de fumer et, de toute façon, la Sécurité Sociale nous l'impose à compter du 1er juillet 2005... Celui-ci est privilégié puisque la relation est déjà établie avec le patient. Il connaît ses faiblesses comme ses forces, il peut anticiper les moments de rechutes. Bien entendu, il est habilité à prescrire des substituts nicotiniques. Le cas échéant, il vous redirigera vers un tabacologue, en cabinet ou en hôpital. La consultation, remboursée par la Sécurité sociale, coûte vingt euros environ.

Durée du traitement : pas de limite, à chaque fois qu'on passe le voir pour une bronchite ou autre...

T comme tabacologues...

C'est le spécialiste du sevrage tabagique. À consulter en cabinet, même s'ils sont peu nombreux à exercer en libéral, ou en hôpital sur recommandation de votre généraliste à partir du 1er juillet 2005. L'objectif de cette consultation est d'évaluer votre addiction au tabac grâce à des tests et un questionnaire. L'ennemi cerné n'en sera que plus facilement combattu ! Le tabacologue délivre généralement ensuite une ordonnance composée de substituts nicotiniques parfois complétés par du Zyban, des calmants légers ou des conseils alimentaires. Cette prescription a la vertu d'être personnalisée et vous pourrez éventuellement être remboursé par votre mutuelle.

À noter, d'autres professionnels de santé exercent des compétences en tabacologie : l'infirmière tabacologue qui doit avoir un médecin tabacologue référant et parfois même des sages-femmes qui aident les femmes enceintes à arrêter de fumer.

Durée du traitement : Les consultations s'étalent en général six mois au rythme d'une consultation hebdomadaire ou tous les quinze jours. La partie est gagnée lorsqu'on estime avoir autre chose à faire que d'aller régulièrement chez le tabacologue...

S comme substituts nicotiniques...

Voyons tout d'abord les substituts nicotiniques, qui par définition libèrent de la nicotine dans l'organisme pour pallier au "manque" de façon dégressive jusqu'au sevrage définitif tant espéré. Deux catégories sont répertoriées et en vente libre en pharmacies. D'une part, les substituts de type gomme, comprimés sublinguaux, comprimés à sucer, inhalateurs (les vaporisateurs nasaux ne sont pas commercialisés en France) à consommer à la demande et au bon vouloir de chacun. D'autre part, les fameux patchs qui diffusent de la nicotine en continu. Côté prix, ils varient en fonction du produit.

Pour les gommes à mâcher, il faut compter entre 7,50 et 28 euros selon le dosage, le conditionnement (en 2 ou 4 mg de nicotine - celle en 4 mg étant le plus adaptée pour des fumeurs fortement dépendants - et par boîte de 36 ou 96) et le fabricant.

Posologie : 8 à 12 gommes par jour sans dépasser les 30 gommes quotidiennes en 2 mg, selon les marques et les 15 en 4 mg. Ces gommes peuvent être aromatisées à la menthe.

Durée du traitement : 6 mois pas plus, avec diminution de la prise à partir du troisième mois.

"Cela fait plus d'un an que j'ai arrêté de fumer mon paquet par jour, raconte Danièle. Mais cela fait tout autant que je mastique mes gommes à la nicotine". Bilan des courses : même budget (anti) tabac pour Danièle. Et en plus : "Depuis un mois ou deux, j'ai une gêne au niveau de la gencive et les dents sensibles. Je commence donc à passer aux chewing-gums ''normaux''..."

"Si Danièle a réussi à se débarrasser de ces gommes à mâcher, l'objectif est atteint", selon le Docteur Ouazana.

Z comme Zyban

Si les substituts ne vous séduisent pas, vous pouvez passer à la vitesse supérieure. Enfin, réputée supérieure...

Le fameux Zyban (ou Bupropion) était étudié à l'origine pour être un antidépresseur. Or, on s'est rendu compte que les gens qui en prenaient arrêtaient de fumer. Pour le Docteur Ouazana : "Les études sont claires : le Zyban marche ! Mais, vous doublez les chances de réussir en l'associant aux substituts nicotiniques. De plus, une aide psychologique s'impose pour toutes les méthodes car 80 % des gens n'arrivent pas à s'arrêter seuls. C'est pourquoi nous avons créé l'association Alliés, afin de soutenir les fumeurs désireux d'arrêter."

Le Zyban n'est pas remboursable et vendu uniquement sur prescription médicale, en boîte de 60 comprimés. La boîte coûte en moyenne 90 euros.

Posologie : 150 mg par jour pendant les six premiers jours, puis à partir du 7e jour 300 mg en 2 prises quotidiennes espacées d'au moins 8 heures. Par la suite, vous pouvez diminuer les prises petit à petit. La posologie maximale est de 150 mg par prise et de 300 mg par jour. Les comprimés sont de 150 mg chacun. La durée de traitement est de sept semaines en France. Au-delà, les professionnels ne le recommandent pas.

Les prouesses de la petite pilule du fumeur sont parfois remises en question, mais les études réalisées montrent que le Bupropion est plus efficace que les substituts nicotiniques seuls. Cependant, le Zyban comporte des effets secondaires comme tout médicament et peut déclencher, quoique très rarement, des crises convulsives. À proscrire donc en cas d'antécédent épileptique...

Une nouvelle molécule, le Rimonabant, vient d'être testée aux États-Unis avec un médicament appelé Acomplia ® qui est destiné à traiter l'obésité. Elle permettrait de diminuer la consommation de graisses et des sucres et jouerait aussi un rôle dans l'arrêt du tabac. Peut-être disponible en 2006, à suivre...

Les méthodes douces...

D'autres méthodes, parfois moins connues, existent pour aider à arrêter de fumer. Petit tour d'horizon...

A comme...

Acupuncture : Il s'agit de la célèbre médecine chinoise qui consiste à introduire de fines aiguilles dans les tissus ou les organes. Cette action sur des réseaux d'énergie très définis diminue l'envie de fumer... La séance coûte entre 38 et 76 euros, généralement remboursée sur la base d'une consultation de médecin généraliste, quand le praticien est conventionné.

Durée du traitement : Compter entre trois et huit séances à raison d'une consultation par semaine.

Auriculothérapie : Dérivée de l'acupuncture, elle consiste en général à placer un fil ou un plomb dans l'oreille sur le point d'énergie concerné qui tombera au bout de quelques semaines. Comptez entre 50 et 185 euros la séance selon le praticien et un remboursement aléatoire, selon le statut du praticien et les largesses de votre mutuelle !

Durée du traitement : Une seule séance suffit.

Thierry, quarante-neuf ans, fumeur depuis trente ans à raison de deux paquets par jour, témoigne : "Je suis rentré dans le cabinet avec mon paquet dans la poche et je l'ai jeté dans la première poubelle venue en sortant. Pendant quinze jours, je n'ai ressenti aucun manque. Puis le besoin de fumer a réapparu. J'ai tout de même tenu le coup pendant seize mois. Depuis j'ai repris, mais je suis convaincu de l'efficacité de cette méthode à laquelle je n'hésiterai pas à refaire appel."

H comme...

Hypnose : Tout le monde connaît, ici. Il s'agit de déconditionner les pensées profondes du fumeur vis-à-vis du tabac au travers d'un état de sommeil provoqué... Elle est pratiquée par des hypnothérapeutes, des médecins, des psychiatres, des psychologues ou encore des psychothérapeutes. La séance coûte entre 50 et 100 euros. Là encore, le remboursement est aléatoire.

Durée du traitement : Une à cinq séances sont nécessaires, selon le praticien.

Homéopathie : Le traitement consiste en une combinaison de doses homéopathiques composées d'extraits de tabac ou tabacum, de "calmants". Parmi eux : Argentum Nitricum 9 CH, Caladium 5 CH, Gelsimium 9 CH, Nux Vomica 5 Ch, Lobellia Inflata 5 CH... Vous prenez trois à cinq granules chaque fois que l'envie de fumer se fait sentir... Boiron propose un kit tabac de trois tubes : Lobelia Inflata pour dégoûter du tabac, Staphysagnia pour lutter contre l'irritabilité et Nux Vomica contre la frustration. 5,43 euros le kit. Même principe pour Dolistop chez Dolisos, mais avec 5 tubes et à 9,05 euros le kit. Le remboursement est à hauteur de 35 % s'il y a eu ordonnance.

Durée du traitement : Pendant un mois (soit l'équivalent d'une boîte), à renouveler si nécessaire.

Florence, trente ans, a fumé pendant huit ans dix cigarettes par jour. Cela fait maintenant plus de deux ans qu'elle a arrêté : "C'était ma deuxième tentative. La première a échoué car je n'avais, comme seul remède, que ma volonté. Cela n'a pas été suffisant. Je suis persuadée que j'avais plus besoin d'un soutien psychologique qu'une aide réelle contre la dépendance physique. Par contre, j'avoue avoir complété avec une séance d'acupuncture".

Sécurité sociale et Mutuelle

Les substituts ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale et la grande majorité des mutuelles suit le mouvement. Se faire rembourser pour les moins de cinquante ans est un parcours du combattant, au-delà cela devient mission impossible.

Bravo au Groupe France Mutuelle qui offre un forfait annuel de 150 euros à ses adhérents pour couvrir le remboursement de patchs, comprimés sublinguaux ou gommes, toujours sur recommandation médicale mais sans aucune condition d'âge. Santévie, réseau régional Midi-Pyrénées de mutuelles, accorde de son côté aux seniors 50 euros par an sur recommandation médicale et à condition de souscrire à la garantie Santé Performance. Depuis début janvier 2005, dans trois régions pilotes, l'Alsace, la Basse-Normandie et le Languedoc-Roussillon, les bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle (CMU) peuvent obtenir gratuitement trois mois par an des substituts nicotiniques. Hélas, les plus de cinquante ans ne sont pas encore couverts...

En conclusion, il existe peu d'écarts de prix pour les comprimés, gommes et autres inhaleurs... Par contre, ceux concernant les patchs sont conséquents. À vous donc de faire le tour des pharmacies du coin et de faire jouer la concurrence... N'oubliez pas que les spécialistes recommandent la combinaison des traitements. Ceci étant, les petits budgets trouveront leurs comptes dans les substituts nicotiniques. Les plus gros budgets, quant à eux, pourront s'essayer à la thalassothérapie et autres médecines douces... Arrêtez de fumer vous coûtera toujours moins cher que de fumer à vous, à votre santé et à la santé publique !

Pour plus d'informations :

Lire aussi "Le tabac, c'est tabou" .

L'Office Français de Prévention du Tabagisme, 66 bd St Michel, Paris VIe. Tél. : 01 43 25 19 65.

Vous pouvez consulter l'annuaire des consultations de tabacologie et d'aide à l'arrêt du tabac sur le site de l'OFT.

Comité national contre le tabagisme, 31, avenue du Général Michel Bizot, Paris XIIe. Tél. : 01 55 78 85 10.

Envoi sur simple demande de la liste des centres de sevrage et de consultations antitabac à travers la France.

Le centre de ressources sur le tabac et la santé où vous pourrez y trouver de la documentation concernant le tabac.

Le site de l'association Alliés vise à sensibiliser les fumeurs et à les aider à arrêter.

Le site suisse Stop Tabac donne des conseils on-line pour arrêter de fumer. "Et ça marche" nous ont confirmé des amis Suisses.

L'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé propose des publications ainsi que des informations générales sur le tabac. Elles sont disponibles sur le site.

Atoute, un forum d'échanges sur le tabac avec des aides, des trucs et des traitements pour arrêter de fumer.

je-veux-arreter-de-fumer.com informe sur les méfaits du tabac et sur les sevrages possibles.

Florence Gault, Tatiana Graffeuil & Isabelle Fringuet